Gabriel Schmitz -

Peinture

Gabriel Schmitz

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Présentation
Huile et temps sur toile

L’image que je cherche est prise hors du contexte, mise à nue de toute notion d’avant ou d’après : une présence et non pas une conséquence, ou un simple passé qui l’engendrerait. Le temps est comme suspendu tout en ne cessant d’exister, étrangement : il change simplement de direction, son flux se referme sur lui-même devenant un circuit clos ; fragment de temps toujours en mouvement mais sans chemin évident, et qui peut donc se séparer du flux du temps sans pour autant contredire son essence.

La toile bi-dimensionnelle est pour moi un réceptacle approprié pour contenir la substance fugitive du temps. Étrange ceci, car aucune forme d’expression ne dépend si peu du temps que la peinture, qui semble si réductible à un concept purement spatial.
Peut-être pour rendre justice â la complexité du processus de création, on devrait l’appeler “ huile et temps sur toile ”. Et ceci alors ne désignerait pas seulement le temps que je passe dans l’atelier.

C’est comme trouver une page particulière dans un bouquin que l’on ne connaît pas, une page sur laquelle rien n’est écrit. Et pourtant cette page-ci contient l’entièreté du livre. Le silence de la page équivaut au silence d’une histoire pas encore racontée mais qui cependant existe. Un silence qui réclame sa propre particularité, une absence de mots qui est spécifique et non pas générique. Un silence qui devient moule pour toutes les histoires potentielles évoquées dans le spectateur. Alors son appel à la singularité se déplacerait tout lentement en direction de la personne qui le percevrait.

Je ne comprends pas mon travail et je ne crois pas non plus qu’il s’effectue sur un registre de compréhension. J’ai saisi quelque chose de ma motivation, mais je ne sais rien des visages et des personnages qui commencent quelque part et finissent ailleurs. Il s’agit de personnages dont je voudrais connaître les histoires, mais la source originale se voit lentement oblitérée par le processus de la peinture. Personne ne peut revendiquer une raison décisive pour leur être. Moi le moins.

Saisir un sujet est plus que le décrire. Il y a toujours deux champs : le réel, et son approximation en mots (ou peinture). Mais une œuvre sur toile, lorsqu’elle est réussie, devient si indépendante de son point de référence originale (le sujet traité) qu’elle doit rompre tout lien avec la réalité représentable pour être honnête avec sa condition propre. Une peinture devrait proclamer sa propre vérité sur l’acte de voir, et sur le vu.

Gabriel Schmitz Octobre 2005


Parler du corps est juste un prétexte pour parler de ce que le corps n’est pas, mais exprime simplement.
Un mouvement n’arrive pas uniquement comme un acte physique mais est une urgence intérieure qui se manifeste au travers du corps. Mon travail peut être considéré comme un essai pour rendre à cette manifestation son origine, et ainsi donner la preuve de l’impulsion immatérielle derrière chaque expression physique. Dans ce sens, mon travail pourrait être considéré comme métaphysique.
Le mouvement ressemble à l’acte d’écrire sur le temps, comme si le temps n’était qu’un morceau de papier. Ce message sera lisible par quiconque est capable de le déchiffrer.
Le dialogue avec un tableau encore inexistant est initié par une vague notion d’un objectif, qui plus que fixer une destination précise, ne fait pas plus que déterminer la direction des premières étapes. Au fur et à mesure que ce dialogue avance et s’approfondit, il devient de plus en plus exclusif, échappant progressivement à ses références initiales tout en imposant ses propres lois jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace pour aucun raisonnement autre que le sien propre.
“ Ne me demande rien sur cet immeuble ou cet autre, ne regarde pas ce que je fais. Vois ce que j’ai vu. ”
Luis Barragan
Entrer dans le royaume de la danse par le sens de la peinture semble problématique ; ce sont deux media diamétralement opposés par bien des aspects ; face au côté éphémère d’un mouvement disparaissant au moment exact de son apparition, il y a les prétentions de pérennité de la peinture, sa fixité. Le temps dans ses deux extrêmes.
Mais chaque médium dans son essence parle de la même chose, d’une sensibilité similaire en face du simple fait de notre existence.
L’affinité que je ressens avec la danse comme sens de l’expression la transforme en une de mes sources principales d’inspiration. Non pas malgré, mais précisément à cause de son refus d’être capté et fixé dans le regard du spectateur, et infiniment plus, par les mains du peintre dans leur essai de tracer son passage.
Conscient de l’impossibilité de leur tâche, les mains cherchent aveuglément, comme un corps dans l’obscurité, hésitent, avancent et reculent jusqu’à ce que finalement elles abandonnent la recherche, laissant seulement les traces.
Ainsi l’essai initial de décrire la réalité sans la transformer en création d’une vérité autonome, bien qu’elle provienne d’une réalité concrète, se développe et s’impose indépendamment, la surpassant.
De l’Afrique, que reste t’il à dire ? Pour moi, comme pour Pasolini, elle signifiait un rêve, la “ seule alternative ”, mais maintenant elle coule dans un cauchemar dans lequel toute l’humanité est à la potence, non pas juste un continent et ses habitants.

Gabriel SCHMITZ, 2001


Peut-être que je me trompe .
Mais je crois qu’il n’existe pas d’erreur dans la compréhension de la peinture, seulement des affinités ou des incompatibilités. Il y a la peinture, le sentiment qu’elle provoque et la volonté de déchiffrer ce sentiment. Ce sont trois éléments qui ensemble constituent ce que peut être pour moi la peinture.
Je suis en quête des moments où la réalité prend forme devant moi, de ce reflet fragile qui s’est glissé à travers le filtre de mon regard. J’essaie de m’en approcher avec le seul moyen dont je dispose: la peinture.
Peindre c’est comme dire à haute voix des mots qui, peut-être ont été dits souvent, mais sans que personne ne les ait entendus. C’est la volonté de préserver des images de l’oubli auquel elles paraissent destinées, au jour où on les déprécie parce qu’elles sont, en apparence, facilement remplaçables dans cette inondation visuelle à laquelle nous sommes soumis continuellement.
C’est la volonté de les vêtir de leur propre silence et de leur propre ombre.
Le mouvement célèbre rarement la vie. Dans son essence il s’oppose souvent au temps, il tourne le dos au courant qui pourtant l’entraîne.
Portraiturer ce que je ne sais pas partager.
De là, l’amertume. De là l’espérance.
Un dos. La présence d’un corps.
Il suffirait d’un changement de position ou que la personne à qui appartient ce dos se retourne. Son être s’insinue, mais il vacille, son pied suspendu, sans se concrétiser.
Seul un regard constructif peut, à partir du visible, accéder à la réalité au-delà de la représentation.
La peinture est importante pour moi, mais ce qu’elle ne dit pas importe encore davantage, cette absence précise de laquelle j’essaie de m’approcher le plus possible. Parce que le présenter en son absence est la seule façon de s’approcher de l’inaccessible, d’écrire l’indescriptible.

Gabriel SCHMITZ, mars - avril 1999


DU LIEU DU TEMPS
Le but est de parler du temps dans lequel bouge un corps, et non pas de l’espace.
C’est rare que le mouvement célèbre la vie. En son essence, il est souvent opposé au temps, le défie, lui tourne le dos, bien qu’il finisse par être emporté.
Le mouvement, ne peut - il pas être condensé dans son propre silence ?
L’immobilité d’une peinture ne peut - elle pas se déployer dans l’esprit du spectateur, et ainsi l’intégrer dans une révélation de la peinture qui va au delà de la matérialité présente ?
La peinture et ce qui est peint existent sur deux niveaux de temps distinct: le temps d’un pas suspendu en l’air avant de toucher le sol, et le temps du pinceau qui, dans sa recherche, bouge sur la surface d’une toile brute.
Comment parler d’une recherche sinon en terme d’absence ? Le désiré n’est pas là, mais c’est alors son absence qui devient presque tangible, comme si elle était le moule d’une présence, révélée par un œil perspicace.
C’est en cela que la peinture peut exister sans se fermer, en tant que potentialité ou matière brute.

Gabriel SCHMITZ, novembre 1999


“ Peindre c’est l’espoir de défier le principe de la perte ”, explique-t-il. Plus de trente journaux dessinés sont les témoins de cette impulsion de l’artiste à contrecarrer la mort par un travail passionné.
Le tons dramatiques correspondent bien à cette vision, une palette austère de tons froids avec quelques touches de couleur, intense et réfléchissante - bleus, gris, du rouge vif, des verts sporadiques et surtout du noir, intense et élégant. A travers le contraste du noir et du blanc ou du noir et du bleu (qui donne une certaine vibration), des personnages flous et des parties du corps surgis de fonds indéfinis, un peu comme de l’eau (avec des lignes occasionnelles de peinture courante), vus sous un angle commun au cinéma et à la photographie, créer une réalité émotive.
Une part de cette réalité forme aussi l’originalité de ses formats et parfois l’incorporation subtile de collages dans son œuvre.
Gabriel SCHMITZ étudie la figure humaine dans ses multiples expressions, et surtout les Africains. Il peint des êtres solitaires et sensuels, qui transmettent à la fois de la force et de la tension et également une certaine anxiété, assez attirante, des êtres qu’il évoque, même s’il y a généralement un point de départ concret, de souvenir et d’imagination, les représentant tels qu’ils sont révélés par la mémoire.
En ce sens ses peintures sont des traces de l’expérience.

Montse GISPERT - SAUCH I VIADER


Espace qui s’inscrit dans le mouvement d’une forme humaine, contour et alentour qui appartiennent à cet espace, expression et impression qui le délimitent encore plus précisément, tension et gestuelle du corps humain qui préfigurent toujours cet espace jusqu’à le boucler en un temps suspendu, où le temps ne passe plus, du moins le temps chronologique; saisie, arrêt sur la magie de la forme et plus encore quand l’être est une femme, alors la forme devient un lieu de passage où la réalité prend musicalement corps. Poésie, charme, enveloppement aérien de l’esquisse, aridité nue de la quête, le corps devient présence par laquelle est ressentie l’absence, où le langage, quel qu’il soit, plastique, gestuel ou parlé, tente d’y pourvoir et, paradoxalement, en souligne plus dramatiquement l’absence. Gabriel SCHMITZ essaie, tente par les moyens dont il dispose le mieux: la peinture, de nous faire partager cette approche de l’être, qui, figuré créativement sous l’inspiration de l’artiste, dépasse la fonction habituelle d’exister, pour créer une dimension infiniment précieuse de se laisser habiter par l’esprit et la sensibilité de l’observateur, et de signifier.

“ Peindre c’est comme dire à haute voix des mots qui peut-être ont été dits souvent, mais sans que personne ne les ait entendus ”, écrit Gabriel SCHMITZ, mots chargés d’images qui s’entremêlent à celles déversées quotidiennement par les médias, engloutissantes jusqu’à l’abrutissement, ou au pis aller, formant un compost d’opinions toutes faites transformant des êtres différents en êtres interchangeables. Les images de Gabriel SCHMITZ portent en elles la présence incarnée offrant asile aux émois de l’absence. Cette poésie de l’absence dans la présence déploie à travers la mouvance de l’existence de l’être, une recherche susceptible de mener à l’immuable réalité. D’où ces êtres, souvent des femmes dans les tableaux de l’artiste, qui emplissent d’un trop plein de ferveur l’espace attitré à leur mouvance. L’espace est habité et le temps épouse les arceaux du corps, en dégage les rythmes, les tensions, la force d’expression rend vivant ce qui est dans la durée. L’attente, la posture en situation d’appel, le mouvement de rétention des mains, quelques signes appuyés par un style expressionniste appuyant l’abrupt des contrastes, donnent aux corps représentés une légitime austérité, une solitude assumée, mais aussi une certaine dureté émanant d’un état intérieur tendu et anxieux. Entre le mouvement d’ensemble dicté par le temps et le saisissement de cette dynamique est pressentie une rencontre dénuée de toute illusion, une rencontre entre le temporel et l’atemporel, où la présence de la réalité prend tout son essor dans l’immédiat. Et c’est sans doute là, dans cet immédiat, que l’immuable réalité arbore ses reflets les plus probants.

Montse GISPERT - SAUCH I VIADER
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DOSSIER : la culture en panne de sens ?

Des fossoyeurs plus ou moins bien intentionnés le proclament sur tous les tons : la politique culturelle française est arrivée en fin de cycle. Les artistes ne savent plus guère quelle place leur réserverait une société qui serait tout entière soumise au règne de la performance et du résultat – alors même que les inégalités sociales et culturelles se creusent. Autant dire que, si les années Sarkozy vont marquer une sérieuse panne budgétaire dans la culture, celle-ci est traversée, en son sein même, par une crise du sens que les gesticulations pseudo consultatives du ministère de la Culture seront loin de suffire à résoudre.